Fiche 6 — Le mémoire : s'appuyer sur la méthodologie de recherche
But du mémoire : vérifier l'applicabilité de notions théoriques à la réalité de terrain.
Le mémoire est un exercice de raisonnement clair, précis et cohérent. L'étudiant mobilise des outils méthodologiques propres aux sciences humaines et sociales.
La démarche globale de recherche (William Wallace)
La méthodologie respecte une logique d'infirmation ou de confirmation d'hypothèses. Elle comporte deux approches :
| Approche | Sens du raisonnement | Principe | Limite |
|---|---|---|---|
| Déductive | Théorie → Terrain | Émettre des hypothèses à partir d'idées générales, confirmées par les observations | Si l'hypothèse est infirmée, une nouvelle doit être émise |
| Inductive | Terrain → Théorie | Développer des théories à partir d'observations ; plus les faits sont nombreux, plus les hypothèses sont probables | Un seul contre-exemple suffit à réfuter la théorie |
Hypothèse (CNRTL) : « Supposition, conjecture par laquelle l'imagination anticipe sur la connaissance pour expliquer ou prévoir la réalisation éventuelle d'un fait, pour déduire des conséquences. »
Les 6 étapes de la démarche de recherche
- Choix du sujet : attrayant (motivation), faisable (données accessibles), pertinent (lien avec le métier).
- Base théorique : repérer et définir des concepts clés, s'appuyer sur des travaux existants. La multiplication des sources renforce l'objectivité.
- Problématisation : état d'un questionnement lié à la thématique choisie et au public accompagné.
- Définition des hypothèses : plusieurs propositions susceptibles de répondre à la problématique — à confirmer ou infirmer.
- Description de la méthode empirique : définir ce que l'on cherche à évaluer, choisir la méthode adaptée et expliquer son fonctionnement.
- Analyse et interprétation des données : mise en corrélation des résultats avec la théorie pour valider/invalider les hypothèses + interprétations personnelles.
Le raisonnement doit être structuré. Détailler le plan évite les répétitions et assure la cohérence. Cette méthodologie est évaluée lors de la certification.
L'organisation du mémoire
Le mémoire est le résultat d'une année de travail. Le directeur de mémoire accompagne l'étudiant lors d'entretiens individuels de guidance. Les rendez-vous réguliers sont indispensables pour structurer la pensée et éviter les directions erronées.
Mise en forme réglementaire
- Police : Times New Roman 12 / Notes de bas de page : Times New Roman 10
- Interligne 1,5 / Texte justifié / Pages numérotées
Composition du mémoire (éléments indispensables)
| Élément | Contenu |
|---|---|
| Page de garde | Nom, prénom, année, spécialité, lieu d'étude, titre |
| Remerciements | Personnes ayant contribué à l'élaboration |
| Glossaire | Sigles, acronymes, abréviations |
| Sommaire / Table des matières | Plan détaillé avec pagination (intro, conclusion, biblio, annexes) |
| Introduction | Contextualisation, raisons du choix, notions clés, problématique, hypothèses, protocole de recherche (le « comment »), annonce du plan |
| Plan | Stratégie de démonstration cohérente et équilibrée — plan scientifique privilégié |
| Conclusion | Résultat de la réflexion, rappel des parties clés, réponse à la problématique, ouverture |
| Bibliographie / Sources | Normes de citation (voir Fiche 28) — notes de cours exclues |
| Annexes | Documents importants non intégrés au corpus (textes législatifs, données brutes…) |
L'étudiant remet 3 exemplaires : 2 sont envoyés aux membres du jury par le lieu de formation.
Les méthodes de recueil de données
Approche qualitative / exploratoire
Analyse et compréhension d'un comportement dans une situation donnée. Tendance subjective — pas de généralisation à grande échelle.
Outils : discours, entretiens, études de cas, histoires de vie, observations.
Approche quantitative / confirmatoire
Mesure et quantification de concepts traduits en variables mesurables. Objective et rigoureuse — validation possible auprès d'instances externes.
Outils : échantillons, questionnaires, sociogrammes, sondages, statistiques.
Les outils de collecte de données
Les entretiens (De Ketele & Roegiers, 2015)
| Type | Caractéristiques |
|---|---|
| Non directif | Le chercheur pose le cadre, laisse parler la personne, effectue des relances |
| Semi-directif | Thèmes identifiés au préalable + questions préparées en lien avec l'objet |
| Directif | Questions organisées selon un protocole strict et une logique préétablie |
L'observation
- Instantanée ou directe : relevé d'un événement en direct
- Systématique : relevé de chaque occurrence du comportement étudié
- Grilles d'évaluation : critères précis prédéfinis
- Participante : immersion totale du chercheur dans le milieu étudié
Les questionnaires
- De contrôle de connaissances / satisfaction (individuel)
- D'enquête : groupe + liste de questions ouvertes ou fermées
Avantage : travail à plus grande échelle, moins chronophage qu'un entretien.
Limite : ne permet pas de s'adapter à la personne.
L'analyse de données secondaires
Ré-exploitation de données existantes (documents, statistiques, recensements INSEE…). Permet la généralisation d'un concept.
La triangulation
Combinaison de plusieurs méthodes pour recouper les informations et renforcer la validité des données.
Écueils à éviter
| Erreur | Description |
|---|---|
| Corrélation abusive | Établir un lien de cause à effet entre deux événements sans preuve suffisante |
| Conclusions trop hâtives | Fonder son raisonnement sur des théories insuffisantes et trop peu de données |
Le traitement des données
- Données chiffrées (quantitatif) → tableaux et graphiques (fréquences, pourcentages, comparaisons, évolutions)
- Données de contenu (qualitatif) → grilles à caractère systémique (régularités, particularités, comparaisons)
Titres, légendes et explications sont indispensables : un tableau ou graphique ne se suffit pas à lui-même.
Les données brutes doivent être confrontées aux hypothèses pour les confirmer ou les infirmer.
Références clés : Jean-Marie De Ketele & Xavier Roegiers, Méthodologie du recueil d'informations.
Pour aller plus loin
- La distinction entre biais de confirmation (interpréter les données pour valider une hypothèse déjà arrêtée) et démarche scientifique rigoureuse est centrale : l'étudiant doit rester ouvert à l'infirmation de ses hypothèses, qui constitue un résultat aussi valide que leur confirmation.
- La saturation des données est un concept clé en recherche qualitative : le recueil peut s'arrêter lorsque les nouvelles données n'apportent plus d'informations nouvelles — cela justifie le nombre d'entretiens choisi et renforce la rigueur du protocole.
- Le rôle du directeur de mémoire n'est pas de valider les choix de l'étudiant mais de l'interpeller sur ses angles morts ; aborder chaque entretien de guidance avec des questions précises et des lectures préparées optimise ce temps d'accompagnement.
- La triangulation méthodologique (combinaison d'approches qualitative et quantitative) est à distinguer de la triangulation des sources (données primaires de terrain + données secondaires existantes + références théoriques) : les deux types renforcent la validité interne et externe du mémoire.
- Le format réglementaire du mémoire (Times New Roman 12, interligne 1,5, texte justifié) n'est pas anodin : il participe à la lisibilité et à l'équité d'évaluation ; l'annexe des données brutes (grilles, retranscriptions d'entretiens) donne au jury accès à la matière première de la recherche.
- La validité externe d'une recherche désigne sa capacité à être généralisée au-delà du terrain étudié : dans un mémoire DEES de taille modeste (1 établissement, quelques personnes), il est honnête et attendu de signaler les limites de généralisation.
Références : William Wallace, démarche globale de recherche — Jean-Marie De Ketele & Xavier Roegiers, Méthodologie du recueil d'informations (2015) — site ESEN (www.esen.education.fr/conseils, outils de recueil de données).